Décès de Max Cavaglione :

« L’éthique au quotidien »

Max CavaglioneC’est avec une infinie tristesse que j’apprends la disparition de mon ami Max Cavaglione.

Il fût, un temps, président du Parti radical 06. Il fût, surtout, conseiller municipal de Nice, entre 1978 et 2001.

Adversaires lors du 1er tour des cantonales, en 1998, dans le 8e canton de Nice, nous tombâmes dans les bras l’un de l’autre, lors du second. Notre complicité fût, ensuite, sans faille.

Mais je lui dois beaucoup plus qu’une belle amitié. Je lui dois ce que je suis devenu…

De 1998 à 2001, je l’ai aidé à préparer les séances de la Commission d’appel d’offres, dont il était membre. Ce n’est donc pas pour rien si, quelques années plus tard, je devins fonctionnaire territorial… chargé de l’élaboration des marchés publics !

De même, sa très haute conception de la Politique allait profondément m’influencer. Nous créâmes, ensemble, le Club « Éthique & Politique », en 2000. Ce n’est pas un hasard si, deux ans, plus tard, je cofondai Anticor, l’association nationale de lutte contre la corruption !

À maintes reprises, il me fit l’honneur d’être le président de mon comité de soutien, lorsque je me présentais à des élections. Alors que beaucoup se réclamaient de Jacques Médecin, j’étais fier, pour ma part, d’être adoubé par Max Cavaglione.

Sa ténacité était légendaire. Son indépendance aussi. Il disait volontiers de lui-même qu’il était trop singulier pour faire partie de la gauche plurielle.

Expert-comptable de formation, il traquait sans répit la plus petite anomalie et dénonçait la moindre malversation. Sans tambour, ni trompette, il a fait économiser des millions aux contribuables niçois. Pour les journalistes lucides, il était « un contre-pouvoir à lui tout seul » !

En guise d’ultime hommage, je ne me prive pas du plaisir de lui laisser la parole. En sa qualité de Président d’honneur du Club « Éthique & Politique », il fît ce qui fût, à ma connaissance, sa dernière intervention publique. Il y raconte son parcours et résume ses convictions...

Jean-Christophe Picard

« L’éthique au quotidien », par Max Cavaglione, le 26 octobre 2000 :

Mesdames, Messieurs, Chers amis,

Je tiens, tout d’abord, à remercier Jean-Christophe Picard de m’avoir proposé la Présidence d’honneur de notre association et m’excuser par avance de la vivacité de mes propos, due à de trop douloureuses expériences. Mon allocution ne sera pas de la philosophie politique mais le témoignage d’un homme public préoccupé d’intégrité qui est resté au ras des pâquerettes et qui n’a été finalement, ni un héros, ni un zéro.

Les grands fondateurs de la Révolution française n’ont jamais séparé République et Vertu. En 1793, Robespierre souligne qu’il n’existe que 2 partis : « celui des hommes corrompus et celui des hommes vertueux ». En 1794, à la Tribune de la Convention, il déclare : « Nous voulons substituer dans notre pays, la morale à l’égoïsme, la probité à l’honneur, le mépris du vice au mépris du malheur, l’amour de la gloire à l’amour de l’argent... ».

En l’an 2000, après 5 républiques, le chemin parcouru n’est pas celui-là. La succession des « affaires » est révélatrice d’une décadence certaine : la République est malade, elle souffre de trop de corrupteurs et de trop de corrompus. Sait-on que dans notre Ville de Nice, une seule grande firme multinationale est, par le relais de ses multiples filiales, bénéficiaire d’environ 5 % du budget municipal ? Peut-on croire que cette puissance financière n’a pas les moyens de peser sur les politiques de la région, tous partis confondus ? Je suis prêt à donner des détails et des informations directes. Savons-nous tous que les marchés publics sont une source d’énormes profits pour les firmes privées qui en bénéficient sans toujours les mériter ? Je pourrais vous raconter de longues et piquantes histoires sur la Commission d’Appel d’Offres de notre ville où je siège depuis début 1979.

Mais mon histoire commence beaucoup plus tôt. À l’heure où certains à Nice, « fille aînée de la Révolution Nationale », commençaient une carrière politique sous la chemise brune et avec la milice d’un certain Joseph Darnand, transporteur niçois du quartier de la Madeleine, je devais me réfugier dans les Basses-Alpes auprès de la famille Cassin, elle-même menacée, puis gagner les maquis de Haute-Savoie. La République était vaincue et j’ai cru nécessaire de contribuer humblement à sa renaissance en participant à la Résistance où j’ai gagné quelques médailles et galons et à la libération, sans bénéficier de quoi que ce soit lorsque tout fut fini.

Mais la fibre républicaine avait joué comme elle joue encore lorsque j’essayais d’édifier dans notre département gangrené par le médecinisme une fédération radicale-socialiste à l’image du parti républicain de la IIIe République ; mais tout fut entrepris pour démolir ce travail par les prétendues élites locales, plus préoccupées de prébendes et de bakchichs que de valeurs démocratiques.

Élu en 1978, au Conseil Municipal de Nice sur une liste de la Gauche unie, et réélu depuis jusqu’à ce jour, j’ai voulu continuer dans la droite ligne tracée dès 1940. J’ai sans doute aidé à nettoyer Nice de ses plus puissants corrupteurs, avec mes amis Joselet, Colonna, le Général Binoche et Joseph Figueras, en constatant que les partis n’ont pas été très efficaces dans cette œuvre de moralisation de la ville. Je n’en dirai pas plus pour ne pas effrayer les vrais démocrates. Avec quelques rares amis qui ont pris des risques, malgré les menaces de mort, la destruction du caveau familial, des attentats avortés, nous l’avons emporté. La Gauche dite plurielle en a-t-elle été reconnaissante ? Je dirai simplement qu’elle est parfois bien singulière, qu’elle a peu de mémoire et que son épiderme n’est pas aussi sensible que le mien à la morale républicaine. Quant à ceux d’en face, ils ont bien du mal à faire vraiment de la politique et non pas, comme par le passé, des affaires...

Si l’on étudie de près, comme je l’ai fait, le contrat de l’eau conclu par la Ville de Nice avec Vivendi, on constaterait qu’il y a 1 milliard de francs à récupérer, indûment pris dans la poche des Niçois. C’est que, pour moi, la démocratie est un vain mot si les élus sont subordonnés à l’argent privé et si les électeurs sont hors d’état de connaître en toute transparence la réalité de la gestion des communes, des départements, des régions et de l’État. Or, si on ne prend que le seul exemple de l’État, on constate que celui-ci est de plus en plus faible et qu’il contrôle de moins en moins la légalité des actes des collectivités, laissant celles-ci, sous prétexte de décentralisation, entre les mains de nouveaux féodaux. En effet, la corruption s’est développée avec l’accroissement des difficultés économiques et une décentralisation qui renforce des seigneurs du coin. Certes, il n’y a pas davantage de politiciens malhonnêtes qu’ailleurs, mais l’immoralité financière de ceux-ci, c’est la mort de l’État et de la République. On ne peut rien exiger des simples citoyens si les hommes politiques se servent au lieu de servir. L’économie ne doit pas imposer la subordination du politique : le lobbying qui pervertit les institutions européennes comme les collectivités locales doit être combattu. Seuls les élus responsables devant les citoyens doivent avoir la maîtrise des grandes options. Trop d’élus à Nice, comme ailleurs, sont liés aux grandes entreprises au lieu de l’être aux citoyens qui les ont élus. Il est scandaleux qu’à nos portes, comme à Monaco, les règles du jeu bancaire ne soient pas les mêmes qu’en France. Savez-vous que l’ONU évalue à 8 000 milliards de dollars l’argent caché dans les divers paradis fiscaux !

Pour que les élus puissent contrôler la situation, ils doivent avoir une culture de gestion ou se faire assister de techniciens capables de déjouer les manœuvres financières et juridiques. Pour cela, les partis doivent se rénover afin de pouvoir être capables de remplir leur rôle. Quand la Commission d’appel d’offres de notre ville jouera-t-elle vraiment le sien ? Comment contrôler les multiples Sociétés d’Économie Mixte, les milliers d’associations subventionnées avec de l’argent public, les diverses délégations de service public ? Le démembrement des pouvoirs publics, c’est aussi le démantèlement de la République. La décentralisation a besoin d’un puissant et compétent contrôle de légalité par les préfets, sinon c’est le retour aux féodalités.

Ceux qui se réclament de la République, de la Démocratie, des valeurs de progrès, ont des devoirs plus grands : ce qui affecte aujourd’hui des hommes de gauche est insupportable, à Nice comme à Paris ! Le capital, le seul capital de la gauche, c’est l’intégrité. Être « comme les autres », c’est selon moi, être « pire que les autres » car nous supprimons alors toute alternative, tout recours, tout progrès.

Les élus doivent renoncer à tout cumul qui les transforme en potentats indéracinables. Il est sûrement nécessaire de réduire aussi le nombre des mandats successifs, tout en améliorant leur statut d’élu pour les rendre indépendants.

Il faut que la justice passe sans complaisance sur les corrompus et ne pas avoir peur de l’épuration de la classe politique. Il faut davantage craindre la compromission. Après les horreurs de Vichy, bien vite est venue l’amnistie (1949, puis 1951) ce qui a favorisé les trous de mémoire et le retour d’une fausse élite au pouvoir.

Il convient donc de ne pas désespérer des hommes, ni même des politiques, y compris à Nice qui a donné naissance à quelques honnêtes personnalités. Il convient aussi d’inventer des mécanismes qui encadrent et limitent les abus éventuels.

Merci.

Lire aussi, sur ce site :

« “Max Cavaglione” plutôt que “Jacques Médecin” » ! (08/01/04)


Posté le 14 février 2013 par Jean-Christophe Picard
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