Université d’Été du PRG à La Rochelle :

« Les radicaux de gauche ne sont pas sarko-compatibles ! »

Jean-Pierre Braganti, Annie Braganti et Claude AmmiratiUne délégation de la fédération des Alpes-Maritimes, composée de Jean-Pierre Braganti, Annie Braganti et Claude Ammirati, a participé à l’Université d’Été du PRG, à La Rochelle, du 4 au 6 septembre 2009…

Plus de 400 militants étaient présents.

Cette année, les ateliers de travail ont porté sur la réforme des collectivités locales et sur l’actualité économique et sociale.

Dans son discours de clôture, Jean-Michel Baylet, président national, a rappelé que les « radicaux de gauche n’étaient pas sarko-comptatibles » et a proposé que « radicaux et socialistes tiennent, à l’automne 2010, un congrès extraordinaire commun ».

Voici les passages essentiels de son allocution...

Sur le positionnement du PRG

D’abord, et je le dis une fois pour toutes, l’avenir du parti radical de gauche ne se dissocie pas et ne se dissociera pas de celui de la gauche. Combien de fois devrais-je dire encore que nous sommes clairement à gauche et dans l’opposition ?

D’ailleurs, comment ne serions-nous pas dans l’opposition ?

À l’heure où le pouvoir démantèle la Poste, quelquefois le dernier service public de nos cantons ruraux. A l’heure où la majorité supprime des emplois par dizaine de milliers dans l’instruction publique, là même où se situe notre première priorité.

À l’heure où Nicolas Sarkozy protège les riches contre la solidarité fiscale tandis que les plus modestes vont être seuls ou presque à payer la taxe carbone ; j’y reviendrai, je n’oublie pas que les radicaux ont inventé l’impôt progressif sur le revenu.

À l’heure où Madame Lagarde voit des signes de reprise dans les indices boursiers, dans les profits des banques, dans les rémunérations des opérateurs financiers, tous voués aux gémonies voici moins d’un an.

À l’heure où le volontarisme verbal de l’omni-président laisse apparaître la dernière résignation devant les délocalisations et les suppressions d’emplois dans les entreprises multipliant les dividendes de leurs actionnaires et les salaires de leurs dirigeants.

À l’heure où MM. Hortefeux et Marleix s’apprêtent à lancer à la hussarde une réforme des collectivités territoriales qui romprait l’équilibre difficilement acquis entre les niveaux de gestion de l’ensemble national.

À l’heure où le Président de la République présente sa conception prétendument moderne d’une laïcité regardée comme le plus petit dénominateur commun des influences confessionnelles, ethniques, économiques ou partisanes tandis que les radicaux la considèrent comme le rempart de neutralité qui, en protégeant toutes les institutions publiques et au premier rang l’école, garantit la liberté des choix de conscience.

Et bien non, n’en déplaise à certains ou peut-être à certaines, les radicaux ne sont pas sarko-compatibles. […]

Pour autant, je veux qu’on m’entende bien sur un point précis. Comme vous tous, j’ai retenu la leçon de François Mitterrand : « Quand on est dans l’opposition, on s’oppose. » Mais je ne me rappelle pas l’avoir entendu soutenir qu’il fallait s’opposer à l’évidence. Si M. Sarkozy prétend qu’il faisait un peu frais avant-hier soir et qu’il fait grand beau aujourd’hui, dois-je prétendre pour obtenir votre adhésion politique sans réserves, que notre soirée de vendredi était torride et qu’il pleut à seaux ce matin ?

Soyons raisonnables pour être crédibles dans notre rôle d’opposants. Puisque François Mitterrand, encore et toujours lui, critiquait la décision du Général de Gaulle de sortir de l’OTAN, est-il raisonnable de s’opposer à une réintégration commandée par l’ordre du monde ?

Quand M. Sarkozy présente une réforme constitutionnelle certes insuffisante mais correspondant, pour ses points essentiels, à des améliorations que nous avons toujours réclamées, est-il logique de persévérer dans l’opposition ad hominem ?

Quand il vient à dire que le maintien de nos troupes en Afghanistan est vital pour la défense des valeurs de l’universalisme, est-il cohérent î ºou plutôt démagogique ?î º de prôner le retrait de nos soldats ?

Et s’il propose de sauver l’épargne populaire en évitant la faillite des banques françaises, faut-il accepter d’éteindre l’incendie ou jeter de l’huile sur le feu ?

Sur tous ces sujets, qui sont d’intérêt national ou européen et non de propriété partisane, je crois que la bonne méthode pour faire progresser notre propre conception, c’est le dialogue. […]

Sur les futures alliances électorales

Jean-Michel BayletJ’ai parlé de l’avenir de la gauche. Avant de voir si le Modem pourrait y être intégré je voudrais me poser la question des Verts. […]

Je l’ai dit à nos amis socialistes, ici même la semaine dernière car nous étions chez Michel Crépeau qui avait bien des longueurs d’avance quant à ces questions, l’écologie politique n’est la propriété de personne. Elle ne saurait se résumer à une perpétuelle prophétie de l’apocalypse. La véritable écologie, c’est celle de l’Homme en mouvement. On n’assiste pas aux bouleversements du monde assis et les bras ballants mais debout et le poing serré. […]

Venons-en, toujours à propos des Verts, à des considérations politiques plus traditionnelles, à quelque six mois des régionales. J’entends dire jusque chez les radicaux qu’il nous faudrait préparer cette échéance tantôt avec les socialistes, tantôt avec les écologistes, voire avec les amis de M. Bayrou.

Eh bien non ! Je rappellerai à nos amis verts que nous avons fait, en 1994, l’expérience d’un grand succès aux européennes. Les socialistes ont fait, en 2004, régionales et européennes confondues, la même expérience d’une belle victoire. Et avant nous ou après, Le Pen, de Villiers, Pasqua, ont connu la même ivresse conjoncturelle. Mais tous ont pu voir que l’élection européenne, scrutin peu mobilisateur et toujours marqué par des votes d’humeur, n’ouvrait pas la voie royale vers les élections ultérieures. Je prends le pari que les écologistes remettront les pieds sur terre lors des régionales et qu’ils auront loisir entre les deux tours de réviser leurs ambitions pour contribuer aux victoires de la gauche.

Car elles seront certainement moins nombreuses qu’en 2004. Nous devrons tous mouiller notre chemise pour conserver le maximum de positions. Mais je le dis tout net : nous avons pris nos responsabilités avec les socialistes dans la gestion de nos régions et c’est avec les socialistes que je veux préparer nos réélections. Si l’union peut être élargie aux communistes, aux verts, et même au Modem au premier tour, c’est bien, mais commençons d’abord par l’union historique entre radicaux et socialistes, une union pour laquelle nos partenaires devront faire, sur les programmes comme sur les équilibres politiques, plus de concessions qu’ils n’ont l’habitude d’en consentir. Mais là est bien notre priorité : l’unité de la gauche responsable, de la gauche réformiste, de la gauche de gouvernement, de cette gauche qui doit redevenir synonyme d’espérance.

Et je veux dire à Pierre Moscovici qu’il porte en retour ce double message à ses amis. Les radicaux demandent la création d’urgence d’une commission paritaire pour la préparation coordonnée du scrutin régional. […]

Sur l’union de la gauche

« La maison commune » de Martine Aubry, en premier lieu. Nous avons apporté notre réponse voilà sept ans déjà. Notre Congrès de Toulouse en 2002 m’avait donné le mandat de déposer, procédure exceptionnelle, une motion externe dans les débats du Parti Socialiste. Je l’ai fait scrupuleusement en proposant d’unifier enfin nos formations -qui venaient de gouverner ensemble pendant cinq ans et de connaître ensemble l’épouvantable défaite d’avril 2002- en un seul parti tout simplement intitulé « La Gauche ». Notre motion n’a pas été débattue. Je suis néanmoins allé la défendre au Congrès de Dijon du Parti Socialiste. Pour emprunter encore à la rhétorique du Quai d’Orsay, disons que j’ai été écouté dans un silence poli…

Notre idée refait surface. Je m’en réjouis mais je dis : faisons vite. Vous avez sans doute remarqué que Nicolas Sarkozy, assez bon stratège s’il s’agit de guerre de mouvement, ne manÅ“uvre pas que ses troupes ; c’est aussi lui qui semble faire bouger les nôtres. Au lieu d’agir, nous ne faisons que réagir. Une introduction brutale d’un scrutin majoritaire à un tour, à l’anglaise, nous trouverait stupéfaits, empêtrés dans nos projets, alors qu’il est déjà en train d’achever l’unification de la droite et de l’extrême-droite.

C’est pourquoi je propose pour ma part que radicaux et socialistes tiennent à l’automne 2010, un Congrès extraordinaire commun pour parler de cette construction urgente en attendant d’y accueillir les autres. […]

Sur les primaires

Là encore, dès 2005, les radicaux ont déposé une proposition de loi pour l’organisation, à droite comme à gauche, de primaires présidentielles. Notre système était plus inspiré du modèle américain que de l’exemple italien. Si l’on en juge aux résultats, cette inspiration semble préférable.

Nous sommes donc totalement favorables à l’organisation de primaires. Mais de primaires ouvertes pas seulement à tous les électeurs et sympathisants de gauche mais à tous les candidats de gauche. Et nous en serons. Et oui, nous aurons notre propre candidat ou notre propre candidate. [...]

Il nous restera à nous entendre sur un calendrier. Jai cru comprendre que, pour sa part, Martine Aubry n’est pas trop pressée. Même vu de loin, il semble que ce soit aussi la position de Dominique Strauss-Kahn. Je suis assez de cet avis.

Si la compétition des primaires n’est pas immédiatement tendue par l’élection présidentielle, nous mettrons en place une machine à nous diviser pendant un an et demi pour le plus grand profit de la droite. Et je crois que l’effort sur nos programmes, sur nos idées, doit précéder la désignation des candidats qui les portent, sauf à transformer les primaires en compétition entre supporteurs de football. […]

Sur l’Europe

Première urgence européenne, la création d’un véritable gouvernement économique disposant d’un vrai pouvoir budgétaire, en lieu et place de l’orthodoxie monétaire dictée par la Banque Centrale. Emprunts européens, déficit budgétaire européen, grands travaux d’investissements avec une priorité à l’environnement. Et disons, sans démagogie, avec le courage que donne la connaissance de l’Histoire qu’il n’y aura pas de citoyenneté européenne aussi longtemps que nous n’aurons pas instauré une fiscalité directe communautaire.

Et ce sentiment européen qui découplerait enfin la nationalité et la citoyenneté, nous le ferons vivre aussi en réhabilitant la notion de service public. Quand elle n’est plus efficace au niveau national, quand les gouvernements de gauche eux-mêmes se sont appliqués à la vider de tout son sens au nom de la sacro-sainte concurrence, elle peut et doit faire résurgence dans de grands services publics européens, pour l’eau, l’énergie, les transports collectifs, ou la santé publique. Qui voudrait aujourd’hui remettre en cause le programme Erasmus si bien adopté par les jeunes Européens ? C’est dans cette voie qu’il nous faut persévérer.

Et puis réaliser l’unité continentale. Nous savons que l’élargissement a peut-être été conduit trop rapidement mais il faut cependant le parachever puisque la faillite de l’Islande et son besoin de solidarité nous en fournissent l’occasion. Que la Slovénie et la Croatie puissent encore se menacer pour quelques hectomètres de la côte d’Istrie nous renvoie au 19e siècle. Les pays balkaniques ne sortiront de leur mémoire de conflit, de leur hypermnésie belliqueuse que par l’intégration européenne. Et le partenariat avec la Turquie devra bien déboucher sur le constat que l’Histoire, la culture et la vision de l’avenir nous rapprochent plus qu’elles ne nous divisent.

Beaucoup de travail donc pour arriver à une vision renouvelée et progressiste du vieux rêve européen de Victor Hugo.

C’est seulement au prix de cette unité géographiquement élargie et politiquement renforcée que l’Europe pourra peser sur les affaires du monde. […]

S’il faut, de toute urgence, réformer l’Organisation Mondiale du Commerce pour y introduire, je vous en ai déjà parlé, une clause des libertés publiques, une autre des minima sociaux, une troisième sur les contraintes environnementales, une encore sur l’élévation du niveau de vie des pays exportateurs par l’obligation de mise préalable de leurs produits sur leur marché intérieur, s’il le faut, et je le crois, comment y parvenir sans une volonté politique européenne exprimée d’une seule voix. Continuerons-nous à tolérer que l’étranglement des libertés en Chine, en Russie, en Birmanie, ou même au Gabon, permette à ces pays et aux firmes internationales qui les exploitent de détruire l’emploi chez nous ?

Et puisque nous devons adopter de nouvelles règles monétaires internationales, comment supprimer les paradis fiscaux, comment taxer les flux financiers purement spéculatifs, comment éviter qu’une seule monnaie arbitre tous les échanges internationaux, comment rebâtir en un mot le système de Bretton-Woods si les Européens vont, comme les Curiace, à cette bataille en ordre dispersé ?

Et comment désamorcer les risques bien réels de guerre au Moyen-Orient, autour du guêpier du Pakistan et de l’Afghanistan, ou encore dans les surenchères coréennes si le monde entier ne sait prendre à témoin que l’Amérique, la Russie ou la Chine ? Nous avons, après les derniers soubresauts yougoslaves, mis la guerre hors-la-loi sur notre continent. Pour exporter cette paix si précieuse les incantations de M. Sarkozy ne suffiront pas. Mais l’Europe unie peut le faire ; elle perdrait son âme en négligeant cette mission que l’Histoire lui a confiée. […]

Lire aussi, ailleurs :

- La version intégrale du discours de clôture de Jean-Michel Baylet sur le site du Parti Radical de Gauche

Posté le 6 septembre 2009 par Jean-Christophe Picard
envoyer l'article par mail title= envoyer par mail


-Accompagnement Lieux d’accueil Carrefour éducatif et social (ALC)
-Agora FM
-Amis de JFK (Les)
-André Minetto
-Anticor 06
-Art Vif
-Association pour la Démocratie à Nice et dans les Alpes-Maritimes (ADN)
-Avenir Côte d’Azur (L’)
-Biscarra enchaîné (Le)
-Blog à Jef (Le)
-Buzz des régionales (Le)
-Café de la Démocratie (Le)
-Caps et Sentiers des Alpes-Maritimes (CESAM)
-Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) Nice Côte d’Azur
-Chantal Maimon
-Cher Nanni
-Christian Razeau
-Cinémathèque de Nice
-Citoyens prenez le pouvoir
-Club de la presse 06 (site)
-Club de la presse 06 (blog)
-Club « Éthique & Politique »
-Collectif pour une Implantation Raisonnée des Antennes-Relais (CIRAR)
-Communauté urbaine Nice Côte d'Azur
-Conseil général des Alpes-Maritimes
-Conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur
-Direct Nice
-Dominique Boy-Mottard
-Entre-Pont (L’)
-Espace Magnan
-Éthicum
-Fabien Bénard
-Ficanas (Le)
-Fleur de Blog
-France Bleu Azur
-France 3 Méditerrannée
-Gauche autrement
-Gauche de Mandelieu-La Napoule (La)
-Grasse : c'est vous !
-Greenpeace, groupe local de Nice
-Groupe Interdisciplinaire de Réflexion sur les traversées sud alpines et l’aménagement du territoire Maralpin (GIR Maralpin)
-Hervé Caël
-Historien et le politique (L')
-Hublot (Le)
-Idées Nouvelles Europe
-Illustre théâtre (L’)
-Jaky Delahaye
-Jean-Paul Audoli
-Jeune Chambre Économique (JCE) du pays niçois
-Joël Giraud
-Loïc Dombreval
-Ligue des Droits de l’Homme (La), section de Nice
-Mentonnais (Le)
-Métro, édition Nice-Cannes
-Mosaïcités
-Mouvement Démocrate 06
-Mouvement Républicain et Citoyen 06
-Nice
-Nice (plan)
-Nice-Matin
-Nice en Mouvement
-Nice Premium
-Nice Radio
-Nice Rendez-vous
-Nice Télévision
-Niçois civique (Le)
-Observatoire des droits et libertés publiques
-OGCN Côte d’Azur
-Parti Socialiste 06
-Patrick Mottard
-Patriote (Le)
-Performarts
-Petit Niçois (Le)
-Préfecture des Alpes-Maritimes
-Radio Azur
-Radio TSF
-Radio Vitamine
-Ravi (Le)
-Rdv Télé
-Regard indépendant
-Sept Off
-Sian d’Aqui
-Source 001
-Sourgentin
-Terre Bleue
-Université populaire des Alpes-Maritimes
-Verts 06 (Les)
-Vivre en Ville Autrement dans les Alpes-Maritimes (VIVA 06)
-Vivre Nice
-Vu d’ici
-Web TV Nice
-Zulaan Photo Art
-20 minutes, édition Nice

-Agora Vox
-Anticor
-Assemblée nationale (L’)
-Bakchich
-Christiane Taubira
-Députés Radicaux de Gauche (Les)
-Europa
-Greenpeace France
-Hoaxbuster
-Jeunes Radicaux de Gauche (Les)
-Légifrance
-Monde (Le)
-Mon député
-Mouvement Démocrate
-Mouvement Écologiste Indépendant
-Mouvement Européen
-Mouvement pour le Droit et le Respect des Générations Futures
-Mouvement Républicain et Citoyen
-Pacte écologiste (Le) de Nicolas Hulot
-Parti Radical de Gauche
-Parti Socialiste
-Politest
-Radicalement !
-Rue89
-Sénat (Le)
-Service public
-Transparence International France
-Verts (Les)
-Wikipédia