Le site de La Provence a la bonne idée de nous rafraichir la mémoire :
En 1986, la marque du Front national
« […] Pour conquérir la région et éviter les difficultés d’une majorité relative, Jean-Claude Gaudin s’affranchit alors de toute prévention : il passe un "accord de gestion" avec le Front national. Aussitôt connue, cette alliance soulève de vives critiques. Dans les médias et à gauche, mais aussi chez certains conseillers régionaux de droite, comme Jean-Pierre Roux : en signe de protestation, le maire d’Avignon démissionne avec fracas de la présidence du groupe RPR.
"Je ne voulais pas être l’otage du PS, se justifiera quelques années plus tard Jean-Claude Gaudin. Et, à Marseille, les hommes de Le Pen, je les connaissais par cÅ“ur : ils venaient tous de la droite". Des arguments que réfute Michel Pezet : "Il était prêt à tout pour que je m’empêcher d’être élu maire trois ans plus tard. Et puis, à l’époque, il était dans une logique de dérive vers l’extrême droite".
Élaboré dans l’urgence, le pacte prévoit un partage arithmétique du travail et des responsabilités : deux tiers des postes pour l’UDF et le RPR, un tiers pour le Front national. Chez les lepénistes, Gabriel Domenech et Jacques Bompard sont élus vice-présidents du Conseil régional. Hier infréquentables, les nouveaux élus FN se transforment en braves notables qui attribuent des subventions, siègent dans les conseils d’administration universitaires, circulent en voiture officielle avec cocarde tricolore et chauffeur. »
« Ina / Régionales : en 1986, la marque du Front national » sur le site de La Provence (02/03/10)
En 1998, la tentation des arrangements avec le FN
« Les élections de 1998 sont marquées par une nette poussée de la gauche et une flambée du Front national. Très affaiblie après son échec aux législatives de 1997, la droite ne peut éviter un nouvel échec - la gauche a la majorité, absolue ou relative, dans onze régions - qu’avec les voix du Front national.
Malgré l’appel de Jacques Chirac, qui se refuse à toute alliance avec l’extrême droite, dans bon nombre de conseils régionaux, l’élection du président tourne à la foire d’empoigne. La presse parle même d’un "vendredi noir" en référence aux cinq collectivités (Languedoc-Roussillon, Centre, Picardie, Bourgogne et Rhône-Alpes où le scrutin sera annulé en 1999) où les élus de la droite républicaine ont pactisé avec les troupes de Jean-Marie Le Pen.
En Paca, la situation est pour le moins explosive au matin du 20 mars, lorsqu’il convient d’élire le nouveau président (maire de Marseille depuis 1995, Jean-Claude Gaudin ne se représente pas). La droite est déchirée, déboussolée. François Léotard a retiré sa candidature, avant de revenir sur sa décision pour ne pas laisser le champ libre à ceux de ses colistiers qui envisagent un deal avec les lepénistes. Le FN est en embuscade. La gauche en appelle à la raison. Chacun sent que tout peut basculer.
A deux reprises, on vote pour se compter : 49 voix pour le socialiste Michel Vauzelle, 37 pour l’UDF François Léotard, 37 pour Jean-Marie Le Pen. La situation est sans issue pour la droite : soit elle s’associe avec le FN, soit elle laisse gagner Vauzelle qui devrait alors composer avec les difficultés d’une majorité relative. Les réunions se multiplient, on parlemente dans les couloirs.
Dans l’après-midi, Léotard est confronté à une véritable fronde de ses élus. Elle est conduite par Christian Estrosi, le futur maire de Nice, qui défend un accord avec Jean-Marie Le Pen. Léotard et Estrosi s’insultent à plusieurs reprises. Dans la confusion, un vote est organisé : 21 voix pour une alliance avec le Front, 16 voix contre... Léotard perd pied. Lorsque la séance reprend à 17h30, personne n’a idée de ce qui peut se passer. Le Pen jubile d’être au centre du jeu. C’est alors que dans un sursaut désespéré, la droite obtient que le vote soit repoussé après le week-end. Sans trop savoir comment utiliser ce sursis.
Le samedi et le dimanche seront riches en négociations et en combinaisons. Un temps, il est imaginé que le FN soutienne Edouard Balladur en Ile-de-France. En échange, le clan Estrosi confierait Paca aux lepénistes, à une seule condition : que ce ne soit pas le président du Front national qui rafle la mise, mais un élu moins sulfureux comme Jean-Marie Le Chevallier, le maire de Toulon.
Problème, le dimanche, le second tour des cantonales tourne à la Bérézina pour le RPR et l’UDF : en réaction aux arrangements passés dans plusieurs régions, des milliers d’électeurs centristes s’abstiennent ou votent à gauche. Le soir même, Jean-Claude Gaudin siffle la fin de la récréation : "Vauzelle sera le président de la Région, tonne-t-il lors d’une réunion. Nous ne pouvons accepter les voix du Front national ni voter pour l’un d’entre eux". A Paris, Jacques Chirac tient publiquement le même discours.
Pourtant, le lundi matin, une candidature dissidente surgit à droite, celle de Gilbert Stellardo, afin de contourner les consignes. But de la manÅ“uvre : ajouter aux voix des partisans d’un accord celles de l’extrême droite. La combine sombre vite dans le ridicule. Michel Vauzelle est enfin élu. À la majorité relative. »
« Ina / Régionales : en 1998, la tentation des arrangements avec le FN » sur le site de La Provence (04/03/10)
Posté le 5 mars 2010 par Jean-Christophe Picard
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